samedi 10 septembre 2011

AGONIE poème automne 1975



Et l'automne à nouveau qui me jette au visage
Ses patines rouillées de brume glauque ouverte
Ses vergers flamboyant d'inutiles orages
Ses blondeurs déliées et ses chairs offertes

Et l'automne à nouveau qui hurle sa fureur
De vivre et de mourir redouble encore ses ors
Et tente d'écarter avec un peu de vert
L'approche trop brutale des teintes de l'enfer

Et l'automne à nouveau qui souffre sa passion
Qui fait éclore l'ambre et le souffre aux collines
Embrase encore ses cuivres et souffle sous la bruine
Avant de rendre enfin le soupir des saisons

mercredi 7 septembre 2011

SEPTEMBRE poème septembre 1972

Mon amour éclairait les chemins de l'automne
Ton souffle était partout sur la terre et sur l'eau
Ton visage à mes yeux se passait de couronne
Mais la vigne déjà saignait sur les coteaux

Le soleil éclairait doucement le château
Les châtaigniers cachaient la tour et la terrasse
Je m'avançai vers toi soudain folle d'angoisse
Je manquai défaillir et je dis il fait beau

Je lisais dans tes yeux la pureté d'un glaive
Tu m'avais dit la mer et tu m'avais souri
Je voyais se jouer l'ironie sur tes lèvres
Mais je ne savais pas que c'était ça la vie

De petits enfants blonds frappaient à notre porte
Et puis redescendaient l'escalier en riant
Je pensais que pour moi l'enfance était bien morte
Puisque tu étais là puisque tu es vivant

Nous parlâmes un peu surtout de l'avenir
Mais la plupart du temps nous gardions le silence
Mon coeur ne savait plus ce qu'il voulait te dire
Nous étions jeunes et beaux et j'avais trop confiance

Puis comme j'avais froid je fermai la fenêtre
Je regardai le ciel obscurci par le soir
Le soleil était mort ou finissait de l'être
Alors tu te levas et tu dis il fait noir

Ma tristesse ombrageait les chemins de l'automne
Tout l'inconditionnel de la terre et de l'eau
Où coulait le papier fané de ta couronne
Et la vigne là-haut saignait sur les coteaux

mardi 6 septembre 2011

LE LOUP poème septembre 2011

J'ai reconnu les arbres et suivi le chemin
Qui menait jusqu'au coeur de la forêt sacrée
La chapelle* m'attendait insolite et sculptée
La course des nuages gardait le ciel serein

Un loup noir sur la route s'est dessiné soudain
Comme posé sur l'asphalte en un signe ébloui
Il s'est couché sans bruit pelage de satin
Levant sur moi des yeux aussi noirs que la nuit

Quelles cérémonies celtes, quel monastère éteint
Ont élevé ici le chant de leurs voix claires
Pour marquer de leur sang le lieu du sanctuaire
Que s'accomplisse enfin la voie de leur destin

J'ai contemplé les arbres oublié le chemin
Mes pas m'ont amenée vers les hauts murs de pierre
Le loup s'est effacé de ma conscience la terre
A cessé de tourner j'ai regardé mes mains

Et j'ai vu dans ma chair gravé le parchemin
Qui garde les vivants hors du siècle et du bruit
Dans mon âme être ailé un grand souffle a surgi
Propulsant dans l'ailleurs le monde et ses chagrins



* Chapelle Notre-Dame du Moustoir à Malguénac.

lundi 5 septembre 2011

ET JE T'OFFRIRAI MON IMAGE huile sur toile sept 2011



WOOL AND SILK

I am the daughter of the hills and wind
Goddess Ashtart of pure waters
The sigh held up by the time
When I let my hair go down

I am transparent and misty
With secrets whose dead leaves
In burning will talk to you
When you knock at my door

I am the gold and the blood of druids
I am the price of sacrifice
My honour is the one of a cariatide
But there are no lies in my heart

When comes the time of forgiveness
The wind will push away the clouds
The hills will be able to be seen
And I will offer you my picture

For at last the wool and the silk
Mixing the threads of their weft
Wrap around my woman's body
When you take me in your arms

Poème traduit du français LAINE ET SOIE, primé au concours de l'AIKB en avril 2011, et programmé sur les ondes de RKB en octobre 2011 (Spotlight on Brittany) en attendant sa publication dans les deux langues dans un recueil qui sera publié par l'Association pour l'Intégration Kreiz-Breizh de Gouarec, en décembre 2011.

dimanche 4 septembre 2011

MALEDICTION poème 4 septembre 2011



La Reine a cinglé son vassal
Dessillé ses yeux de cristal
Dans sa main le grimoire taché
S'effeuille inutile et crispé

Il hésite et feint la colère
Mais dans son âme tourmentée
Passent et repassent en flammes claires
Les mots tranchants comme des épées

Il a failli dans son honneur
Elle ne veut plus jouer la fête
Est terminée tambours trompettes
Il est maudit dans son malheur

Il repart seul sur son chemin
La tête en feu le coeur glacé
Elle tourne bride et sonne enfin
Pour appeler ses cavaliers

La Reine a renié son vassal
Autour d'elle se pressent les chacals
D'où elle distinguera pourtant
Celui qu'elle prendra pour suivant

Les secrets dont elle a la garde
Seul celui qu'elle aura choisi
En héritera va-t-en barde
Rentre chez toi fuis dans l'oubli

vendredi 2 septembre 2011

DE LA LINEARITE DU TEMPS méditation philosophique 2 septembre 2011




Si l'on part du principe que le temps existe et qu'on le considère comme linéaire, c'est-à-dire doté d'un début et d'une fin et allant d'un point à un autre en passant par une multitude de points formant une ligne, alors on ne se place que du point de vue de l'humain qui, on le sait, tend à structurer le monde à sa manière pour mieux le dominer et se l'approprier.
Cette conscience d'être au monde implique en effet d'y trouver (ou d'y créer) une logique démontrable afin d'éviter de sombrer dans la folie.
Or, certains physiciens l'assurent, le temps linéaire n'existe pas. Mathématiquement, l'équation marche dans les deux sens, et il n'y a aucune raison de ne pas pouvoir se souvenir du futur.
D'autre part, le temps structuré en heures, jours, mois, années, siècles, etc. est une pure invention des hommes de la planète Terre ; que signifie une heure pour une fourmi, aujourd'hui ou demain pour un chien ?
Et sur combien de planètes un jour dure-t-il un de nos mois ou de nos années ?
La nuit des temps se heurte au mur de Planck et si l'on considère que l'univers, voire le plurivers, se dilate et se rétracte à l'infini - sans parler des univers jumeaux ou des trous noirs qui semblent avaler la matière et inverser le temps -, comment peut-on encore parler d'un déroulement linéaire du temps qui s'écoulerait à l'image d'une rivière, mais dans quoi ?

jeudi 1 septembre 2011

DE LA MELANCOLIE DES SONGES méditation philosophique 1er septembre 2011



Il semble prudent de se méfier de cette "humeur noire" que secrète l'esprit en produisant les songes.
Etat de dépression, de tristesse vague, de dégoût de la vie, de propension habituelle au pessimisme, la mélancolie traduit un mal-être entretenu par le songe peu propice à une prise de décision susceptible de rendre au songeur un quelconque sentiment de plaisir.
Un songe n'est pas un rêve qui embellit la vie.
C'est une rêverie, éveillée ou non, une évocation de ce qui aurait pu être mais ne l'est pas, une combinaison souvent incohérente d'images ou de concepts qui apparaissent dans l'esprit et se traduisent en chimères, illusions ou vaines imaginations, une dérivation de la pensée vers une traduction de ce que nous appelons "réalité" et croyons à tort représenter la vérité.
Car le songe entraîne vite le mensonge, c'est-à-dire une perception crédule de ce qui est faux, illusoire, trompeur, comme un socle solide sur lequel se fonder pour bâtir une philosophie de l'existence.
Or, se mentir à soi-même, se mentir sur la nature des êtres et des choses qui nous entourent et des échanges que nous entretenons avec eux, et surtout se mentir à soi-même à propos de ses propres sentiments, ne constitue-t-il pas finalement le plus dégradant mouvement de l'esprit qu'un être humain puisse s'auto-infliger en toute conscience ?